L’ère de la bienveillance est arrivée

Edward juillet 10, 2016 0
L’ère de la bienveillance est arrivée

Plaidoyer pour une société nouvelle

Selon les traditions hindouiste et bouddhiste, le bonheur serait défini comme l’état d’absence de désirs. Cette absence n’est pas totale car seuls les désirs « nobles » en fin de compte sont tolérés voire encouragés dans certains cas. L’absence totale de désirs conduirait en effet à une forme d’inaction car l’action porte en elle le germe du désir.

Qu’est-ce qu’un désir noble ?

Il peut être défini comme un désir qui ne tende pas à contenter de « bas instincts » ou toute autre forme de désirs émanant de l’égo. Un désir noble n’a pas pour finalité la matière, même si les actions mues par des désirs nobles prennent forme dans la matière. Le désir noble est moral et peut revêtir une dimension transcendantale. Tendre vers un absolu et incarner des idées qui peuvent sembler abstraites, telles sont les motivations liées à ce concept.

Ainsi, agir par amour est semble-t-il une motivation noble, cependant il est difficile de la mettre en action concrètement tant le concept d’amour est dévoyé.

L’amour pur est désintéressé et sans attente car il est le fruit de l’abondance. Le concept d’ « amour » devrait être remplacé par celui de « bienveillance » qui laisse aller à moins de connotations ou d’interprétations. Etre bienveillant à l’égard de toutes choses, sans distinction ni jugement est le signe d’un être qui a su se défaire des « mailles de l’égo » et du diptyque attraction / répulsion. Les yeux qui n’éprouvent aucune discrimination parmi les choses qui l’entourent appartiennent à un grand sage. Cependant, il n’est pas aisé d’arriver à un tel degré de sagesse et de paix intérieur permettant de pardonner en tout sincérité un individu auteur d’actes immoraux.

Envisageons une société toute entière qui serait organisée selon le paradigme de l’absence de désir, est-elle possible ?

L’humain dispose dès sa naissance de qualités naturelles qui lui ont été conférées. Cependant, il « évolue » et perd peu à peu ces mêmes qualités lors de son apprentissage.

Imaginons à présent un monde où ces qualités (désirs et absence de désirs) rassemblées autour du concept de bienveillance formeraient le socle sociétal de valeurs. Comment y vivrait-on ? Qu’est-ce qui changerait de notre monde actuel ?

Il y aurait tout d’abord la fin du système marchand dominant qui est maintenu avant tout par le sentiment de manque (allant parfois à une forme d’avidité) des gens qui les dirigent et ceux qui en sont les clients. Il y aurait une refonte complète du monde du travail qui n’existerait plus sous la forme actuelle du fait de ce renouveau économique. La préoccupation principale ne sera plus de travailler ou de courir après l’argent mais de diminuer la souffrance d’autrui (et de soi) et ainsi de contribuer au bonheur global. Une telle société bâtie sur la bienveillance est bien sûre idéale, mais on peut raisonnablement l’envisager devant la nécessité de nos défis contemporains : le salut ne se fera que par la solidarité et la bienveillance, sinon on comprend bien maintenant que la loi du chacun pour soi conduit à notre propre destruction. Cette idéologie de la bienveillance se veut volontiers universaliste (du fait qu’elle postule qu’elle est accessible à tout individu), de ce fait, elle se heurte à des pensées plus « rigides » qui admettent volontiers la primauté de la nature (sexe, ethnie, communauté religieuse etc.) sur la culture quant aux conditionnements sociétaux, ce qui conduit nécessairement à une hiérarchisation des personnes et une impossibilité d’une bienveillance indiscriminée (du faut du sexisme, du racisme, du communautarisme etc. créés). Etre en mesure d’agir (incluant penser et parler) avec une bienveillance équanime avec chaque personne sans prise en compte de notre « degré de parenté » est difficile lorsque nous raisonnons de manière tribale (primauté de la tribu face à l’étranger). Pourtant insérer l’ingrédient de la bienveillance dans nos rapports au monde permettrait d’élargir notre tribu afin qu’elle comprenne l’humanité toute entière et l’ensemble du vivant (animaux et plantes). Une société animée d’une bienveillance universelle est difficile à imaginer car elle postule des convictions voire une foi très élevée en la bonté et au fait que la bienveillance engendrait la bienveillance. Or, ce postulat n’est semble-t-il pas toujours avéré lorsque des personnes ont adhéré à un système de valeurs rigide, qui interprète la bienveillance comme une forme de faiblesse. Pour autant, agissons avec bienveillance tout de même, il n’est pas impossible de voir cette bienveillance insérer une graine d’amour chez ces mêmes personnes afin de les changer radicalement.

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