La lenteur, une vertu méprisée

Edward novembre 17, 2016 0
La lenteur, une vertu méprisée

Réapprendre à agir lentement contribue à offrir à notre esprit un regain de concentration. Ne vous êtes-vous jamais dit que l’on ne peut pas accélérer la pensée mais seulement le mouvement du corps ? Aussi, que se passe-t-il lorsqu’il y a un décalage entre notre corps et notre esprit ? Nous sommes stressés tout simplement, car nous souhaitons faire quelque chose rapidement, nous nous pressons et finalement nous nous bloquons. Le corps répond à l’esprit, mais parfois il s’emballe et c’est alors que l’esprit est perturbé. L’harmonie psychique résulte d’une symbiose entre le corps et l’esprit. Nous pensons qu’en accélérant nous allons augmenter notre réalisation, ce n’est pas certain…
Pour être efficace, la pensée a besoin de garder une qualité de présence. Le problème de l’accélération est que nous ne dotons pas suffisamment notre esprit de ressources nécessaires pour effectuer correctement son travail de réflexion. Nous faisons beaucoup de choses, nous finissons par mal les faire, ce qui crée inéluctablement de la frustration, qu’elle soit consciente ou non. Sans le vouloir, nous entrons dans un cercle inharmonieux qui nous conduit à toujours vouloir en faire plus afin de combler les carences que nous identifions. Nous nous précipitons davantage et nous fournissons un travail avec une moindre qualité de « présence d’esprit ».Pour en finir avec cette logique, il convient d’imposer un ralentissement de l’activité. Bien qu’étant inconfortable au début, on redécouvre petit à petit la joie de faire une chose à la fois et surtout l’efficacité surprenante d’une lenteur maîtrisée. Il ne s’agit pas d’une réelle lenteur mais plutôt du rythme correct auquel nous devrions nous conformer afin d’être davantage en paix. Il s’agit d’un ralentissement par rapport au rythme global de la société qui est souvent empressée, qui n’est en fin de compte pas naturel. Ce « faux rythme » est souvent pris comme étant la norme et tous ceux qui ne s’y conforment pas, sont vus comme des paresseux. Mais détrompons-nous, le recouvrement de notre rythme naturel nous permet d’accroître notre capacité de discernement entre ce qui est urgent et ce qui ne l’est pas, et surtout entre ce qui est important et ce qui ne l’est pas. La frénésie nous pousse à nous concentrer seulement sur l’urgent et à mettre de côté l’important. Ce qui est important peut être défini comme tout activité qui contribue à notre bonheur futur. L’urgent peut être important mais il ne l’est pas toujours. Faire l’effort d’imposer une lenteur corporelle (voix, le mouvement de la marche, le regard, etc. ) momentanée d’au moins 25% inférieure à la vitesse de notre environnement nous permet de voir clairement et de penser vite paradoxalement. Ce n’est que lorsque l’eau est calme que l’on peut y voir à travers. Il y en va de même pour l’esprit. Un esprit agité est lent en fin de compte, il ne sait pas comment traiter l’information qu’il reçoit.

Concrètement, lorsque vous souhaitez augmenter votre vivacité durant la journée, ralentissez votre rythme et observer ce qui ne passe, vous verrez, vous aurez l’impression d’avoir « huiler votre mécanique psychique ».

Pourquoi sommes-nous obsédés par la vitesse ?

Nous sommes éduqués dans une société de la performance. La vitesse est souvent associée à la performance car elle trouve une illustration concrète dans de nombreuses disciplines notamment sportives (athlétisme, sports automobiles, etc.). Le problème est que la vitesse n’est pas toujours une qualité quand il s’agit d’activité qui ont des « règles du jeu différentes ». Par exemple, si on prend on compte le thème de l’agriculture, pour faire pousser une plante, une légume de qualité, il faut du temps, de la patience. Le problème des engrais est qu’ils cherchent d’une certaine manière à précipiter les choses. Du fait de cette précipitation, par souci d’augmenter la quantité, les produits perdent grandement en qualité. C’est le constat de notre société, nous vivons dans un culte de la quantité, qui nous impose souvent un rythme antinaturel.

La société du chiffre contre la société des lettres

Il est clair que nous vivons dans une société du chiffre. Tout doit être quantifié pour être valorisé, apprécié. La vitesse est estimée car il s’agit d’un paramètre quantifiable. Au contraire, le bonheur n’est pas un critère quantifiable, c’est pourquoi nos sociétés ne sont peut-être pas les plus heureuses. Nos dirigeants veulent essayer de trouver les composantes du bonheur global en détaillant les critères qui selon eux entrent en compte dans notre bonheur. Ils vont ainsi évaluer la richesse produite économiquement, l’espérance de vie, le taux de natalité etc.

Cette démarche n’est pas mauvaise en soi car elle permet de fonctionner grâce à des « signaux objectifs » décrivant une situation donnée. Le problème est que nous confondions les indicateurs avec la réalité. De même qu’un peintre tente de s’approcher de la réalité en la dessinant, il ne réalisera finalement qu’un témoignage de celle-ci au travers du prisme de ses yeux et de ses émotions. Le bonheur que l’on tente d’évaluer par des indicateurs ne seront qu’une vision de la réalité qui ne pourra jamais être aussi fidèle que lorsqu’elle est expérimentée par l’individu lui-même. En lisant ces indices de performance, nous les croyons être des conditions nécessaires au bonheur et nous finissons par vouloir « rentrer dans le cadre » qui nous est proposé au lieu de définir nous-même quelles sont les composantes de notre bonheur personnel. C’est comme si on voulait à tout prix reproduire le même tableau d’un artiste peintre en pensant qu’il est l’expression de LA réalité, alors qu’il y a une expression infinie de celle-ci, autant qu’il y a d’êtres vivants si on peut dire. Bien sûr s’inspirer de modèles est utile voire important, mais il ne faut pas perdre de vue que notre bonheur ne peut être expérimenté que par nous-même.

Nous prenons conscience de la véritable richesse

La poursuite de l’argent est souvent la raison pour laquelle nous nous précipitons. Mais quelle est vraiment la richesse aujourd’hui si notre esprit est ailleurs en permanence ?

L’adage populaire associe volontiers « temps » à « argent », mais n’est-ce pas une erreur de penser ainsi car cela nous pousse à tout compter et à avoir un rapport vénal au monde ? Ne devrait-on pas parler de « présence » comme la seule richesse qui vaille ? Que l’on ait du temps et de l’argent ou pas, la présence est une disposition de l’esprit. La présence d’esprit est en quelque sorte synonyme de liberté : intemporelle et immatérielle. La prise en compte de notre monde intérieur, de notre bonheur présent et futur ne peut qu’être réalisé qu’avec la pleine possession de notre esprit.

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