Le crachat invisible

Edward avril 3, 2017 0
Le crachat invisible

C’est une saleté quotidienne, pourtant, on ne la voit plus. Elle est bien là. Elle nous salie de l’intérieur, elle empoisonne notre vie à notre insu. Nous prêtons hélas seulement attention aux souillures que l’on peut voir de nos propres yeux.

Celle qui est présente dans l’air est peut-être la pire, car elle tue. Chaque des milliers de gens meurent en silence à cause des fumées, de la pollution. C’est l’un des fossoyeurs les plus efficaces, pourtant on n’en entend pas parler. Il nous tue à petit feu en faisant décroître notre énergie vitale. L’air autant que l’eau sont essentiels à nos vies, or ils n’ont jamais été aussi sales à l’échelle globale, et ce même durant les révolutions industrielles européennes. Nous n’y faisons pas attention, sauf que chaque bouffée d’air respirée est comme un crachat qu’on nous envoie à la figure. Par qui ? Par un peu tout le monde : tantôt cet industriel, tantôt ce père de famille à la bonne conscience qui accompagne son fils en gros tout-terrain chaque matin. Ces irresponsables nous tuent sans que nous puissions les combattre de front car leur arme est encore une fois silencieuse et presque transparente. Leur volonté de nuire n’est pas totalement avérée, mais leur négligence est coupable, leur complaisance à l’égard des constructeurs automobiles l’est tout autant. Leur soif de reconnaissance sociale qui les pousse à acheter des engins sans cesse plus gourmands en pétrole les rend inéluctablement fautifs de la mort de citadins notamment. Ces inconscients se sentent tout puissants, isolés dans leur forteresse d’acier surplombant les rues de nos contrées. Tels des chevaliers d’antan, ils prennent leur véhicule pour une monture équestre qui leur donnait jadis le droit de vie et de mort sur les manants de leur fief. Tel est aujourd’hui le cas, à la seule différence que la mort n’est pas aussi subite, elle ne résulte pas d’une estocade franche en pleine poitrine sur un malheureux qui aurait contrevenu aux règles de bienséance d’usage à l’égard de personnages de tel rang. Aujourd’hui la mort est lente et elle touche aussi bien le bourgeois que le gueux car l’air qu’ils respirent est pour le moment le même. Viendra un temps où les riches pourront se permettre de polluer tout en pouvant continuer à respirer un air pur moyennant sans doute une contrepartie financière. Ainsi, par le jeu fabuleux des opportunités économiques qu’offrent le monde actuel, nous pourrons bientôt refaire vivre cette tradition, ce privilège conféré à certains que de tuer sans représaille ni justice.

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